Monthly Archives: décembre 2015

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LES JUDICIEUX CONSEILS DE CARL GUSTAV JUNG

par Roland Jaccard

Jung conseillait à ses étudiants d’apprendre la psychologie non sur les bancs de l’Université, mais dans les meetings politiques, dans les sectes religieuses et au bordel. « Tout le monde ne doit pas savoir la même chose et le savoir en question ne peut jamais être transmis à tous de la même façon. C’est là ce qui fait totalement défaut dans nos universités : la relation entre l’élève et le maître. »
Comme tout psychologue sensé, il était partisan de séparer les enfants des parents dès qu’ils avaient atteint l’âge adulte. Il ajoutait ceci que je juge fondamental : « Les enfants n’appartiennent pas aux parents et c’est seulement en apparence qu’ils sont issus d’eux. » Il estimait qu’il ne devait pas y avoir la moindre contrainte, la plus petite sujétion d’un côté comme de l’autre.
Quand une Américaine lui proposa de fonder un Institut pour rapprocher la pensée orientale de la pensée occidentale, il s’exclama :  » Pour moi, un Institut qui distribue la sagesse est le comble de l’horreur. Autant que je sache, ni Kung Fu-Tseu, ni Lao-Tseu, ni Tchouang- Tseu n’avaient d’Institut. »
Et à une correspondante anonyme qui lui demande jusqu’à quel âge une cure analytique peut être entreprise, il lui répond que l’âme peut être traitée aussi longtemps que l’être humain a une âme.  » Les seuls qu’on ne puisse pas traiter sont ceux qui sont venus au monde sans âme. Leur nombre n’est pas négligeable. » Il semblerait même qu’il augmente de manière exponentielle.

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LOU ANDREAS-SALOMÉ, DE L’IVRESSE À LA TISANE…

par Roland Jaccard

Peu avant sa mort, le 5 février 1937, Lou Andreas-Salomé confia à son vieil ami et éditeur, Ernst Pfeiffer : « Quand je laisse errer mes pensées, je ne trouve personne. » Et ses derniers mots furent : « Le mieux, après tout, est la mort. »
La petite-fille du général von Salomé était née soixante-seize ans plus tôt à Saint-Pétersbourg et avait traversé en amazone flamboyante la culture mitteleuropéenne, laissant sur son passage un parfum de scandale et d’érotisme, accédant même au rang de mythe à travers la pièce de Frank Wedekind, « La boîte de Pandore, une tragédie de monstres » et figurant sur la photo la plus célèbre de l’histoire de la philosophie : à Lucerne, sur fond de Jungfrau, elle tient un fouet cependant qu’un Nietzsche extatique et un Paul Rée mal à l’aise tirent la carriole sur laquelle la jouvencelle est juchée.
Reconnaît-on une adolescente surdouée au choix de ses lectures et à l’âge avancé des hommes dont elle s’éprend ? À dix-sept ans, Lou entame une relation très particulière avec le pasteur Gillot, père de deux enfants de son âge. Grâce à lui, elle découvre Kant et Spinoza qui resteront ses philosophes favoris, ainsi que les moralistes français. Mais Lou ne se donne qu’en se refusant. Et quand Pygmalion voudra épouser sa Galatée, elle prendra à fuite.
C’est d’ailleurs une constante de Lou : fuir. À l’exception de Rilke qui éveillera son instinct maternel, elle laissera toujours les hommes se brûler au feu de sa virginité. Ce n’est pas une délurée nihiliste comme Louise Brooks qui incarnera son personnage caricaturé par Wedekind dans le film de Pabst : « Lulu ». Non, Lou est parcimonieuse jusque dans ses audaces – le ménage à trois avec Rée et Nietzsche -, mais douée d’une singulière perspicacité dès lors qu’elle croise des hommes supérieurs sur sa route. Alors, elle redevient la petite Liolia fascinée par le pasteur Gillot, trop voluptueuse pour n’être pas frigide, trop douée pour les exercices de séduction pour ne pas mettre en pratique ce qu’elle a appris en méditant les maximes de La Rochefoucauld ou de Chamfort.
Est-ce sa soif de liberté qui la pousse toujours ailleurs ? Peut-être. Mais on décèle aussi chez elle un souci panique de se préserver, une volonté inébranlable de ne pas fêler le miroir de son narcissisme. Lou, qui a toutes les audaces, ne prend finalement jamais de risques. Elle est plus proche de Leni Riefenstahl que de Louise Brooks. Même ses confidences demeurent d’une discrétion exaspérante. Et on peine à comprendre qu’elle ait expurgé de ses archives tout ce qui pouvait la compromettre, y compris les lettres du pasteur Gillot ou l’ébauche de son essai sur son adhésion à l’Allemagne nazie.
Nous avions rêvé Lou en adolescente rebelle, en séductrice perverse, en névropathe mystique, en psychanalyste suicidaire et nous sommes consternés de la retrouver en vieille dame apaisée « envisageant comme un cadeau du grand âge le regard distancé qu’il procure. » Au temps de l’ivresse intellectuelle et érotique a succédé celui de la tisane. Y a-t-il pire offense du destin ? Oui, le mieux, après tout, est la mort.

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CIORAN ET LEOPARDI : L’HOMME EST UN ANIMAL TARÉ…

par Roland Jaccard

Dans une revue italienne,  Mario Andrea Rigoni qui fut l’ami et le traducteur de Cioran -et également un des meilleurs connaisseurs de Leopardi- dit ce qui unit ces deux penseurs et il le dit si bien que je lui laisse la parole.
Cioran et Leopardi partageaient l’expérience capitale de l’ennui, c’est-à-dire du sens de la vacuité universelle des choses qu’ils percevaient… non seulement au niveau de leur pensée, mais de leur chair même. C’étaient tous deux des sceptiques, dépourvus de toute illusion, bien qu’ils aient reconnu la nécessité de celle-ci pour la vie et pour l’histoire. Ils voyaient l’homme comme un animal taré dés l’origine et ayant quitté la voie de la nature jusqu’au point de constituer une anomalie menaçante marchant fatalement vers sa propre destruction. Telle fut la cause première de leur anti-historicisme et de leur anti-humanisme radical.
Si l’on n’a pas qu’entrevu cela, autant renoncer à lire Leopardi, Schopenhauer ou Cioran. Les innombrables ouvrages sur le développement spirituel et l’amour des enfants -j’ai pu vérifier de visu l’horreur qu’inspirait la procréation à Cioran quand mon ami Christian Delacampagne est venu lui rendre une visite accompagné de sa femme enceinte- devraient suffire en cette période de Noël qui est un vrai cauchemar pour tout nihiliste conséquent… à moins qu’il n’ait suffisamment d’humour et d’argent pour se cloîtrer dans un palace helvétique.
C’est d’ailleurs ce à quoi Cioran aspirait.

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UN PROVERBE CHINOIS

par Roland Jaccard

« Des trente-six moyens d’éviter un désastre, le plus sûr est de le fuir ».

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PLUTÔT DONALD TRUMP QUE MARINE LE PEN…

par Roland Jaccard

Pourquoi l’UDC helvétique snobe-t-elle le FN ?
La question a été posée à Oscar Freysinger qui a répondu simplement : « Le F.N. est étatiste, dirigiste, collectiviste et centralisateur. L’UDC est libérale et fédéraliste. Nos projets de société sont opposés. Voilà pourquoi il n’y a jamais eu de contact. Seul point commun : la défense de la souveraineté nationale. » À quoi il faut ajouter l’islamophobie où la Suisse a incontestablement une longueur d’avance en Europe avec l’interdiction des minarets. D’ailleurs Christophe Blocher ne s’est jamais privé de dire que le F.N. est un parti de gauche qui plonge ses racines dans le poujadisme.
Ce que le F.N. n’a pas  compris, c’est qu’une droite moderne doit réussir le mariage du libéralisme économique avec la lutte contre la surpopulation. La presse suisse a d’ailleurs noté que les ténors de l’UDC ont accueilli la victoire du Front National avec la froideur d’observateurs impartiaux et le sentiment légèrement méprisant que les Français, nourris au biberon des droits de l’homme et de la servitude engendrée par un assistanat  social sans limite, ne s’en sortiront jamais, quel que soit le parti au pouvoir. La France est devenue le champion international de l’apathie, du matraquage fiscal et des politiques les plus incohérentes dans ses interventions néo-coloniales. En fait, les Suisses, et pas seulement ceux qui votent UDC, sont plutôt enclins à considérer la France comme la Corée du Nord, alors qu’eux-mêmes seraient la Corée du Sud. Et le nombre impressionnant de jeunes Français qui rêvent de la Suisse comme d’un Eldorado les conforte dans l’idée « qu’il y en a point comme nous ». Bref, pour l’ UDC le F.N. est un parent pauvre, infréquentable et qui se fourvoie dans un étatisme qui étouffe l’esprit d’entreprise. Quant à la maîtrise des flux migratoires, elle va tellement de soi pour les Helvètes qu’ils n’arrivent pas à comprendre qu’elle pose encore des problèmes à l’Union Européenne. En poussant le bouchon vaudois le plus loin possible : plutôt Donald Trump que Marine Le Pen !

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