1RJ-Glacière

LIBRES PROPOS D’UN JEUNE MEXICAIN À PARIS

par Roland Jaccard

Ce jeune et séduisant écrivain mexicain,  Guillermo De La Mora Irigoyen, me demande pourquoi moi qui ai (selon lui) tant d’humour, je suis attiré par des Asiatiques, des Japonaises surtout, qui en sont totalement dépourvues. Je n’y avais pas songé : les Japonais et l’humour… un sujet à creuser. Et avec les Chinois, me dit-il, on ne peut même pas rire de la mort : ils sont tellement conventionnels. Il est vrai, aurais-je pu lui répondre, que les Suisses ne sont pas mieux lotis à cet égard.
À peine arrivé à Paris, il s’est fait poignarder par des jeunes de banlieue, métro Glacière, qui voulaient le détrousser. Même à Mexico, ça ne lui était pas arrivé. Il voit dans ces agressions un signe de bonne santé mentale. Il n’est pas à un paradoxe près. Sur les femmes sont opinion est faite – en dépit de ses vingt-quatre ans : elles demeurent éternellement des enfants. « Des enfants méchants » , ajoute-t-il. Je ne peux qu’approuver sa précoce lucidité. Il collabore à une revue  » Avispero  » d’une qualité exceptionnelle : les articles sur Jünger, Sebald, Cioran, Goethe, Sloterdijk, illustrés par Jonathan Barbieri me laissent songeur : ainsi donc, au Mexique, de jeunes écrivains font ce qu’en France nous sommes incapables de concevoir. La France ne serait-elle plus qu’un cadavre dont on se demande par quel miracle il marche encore ?
Guillermo m’a appris qu’ « Avispero » traduit en français signifie le guépier. Un beau titre pour une revue que je regrette de ne pas pouvoir lire, mais qui aurait plu à Caraco ou à Cioran. Tiens ! Je vais l’envoyer à Schiffter. D’autant que Guillermo De La Mora Irigoyen ne supporte que les philosophes balnéaires, comme Rosset et Schiffter, et que rien ne lui semble plus grotesque pour un écrivain que d’entrer dans La Pléïade, ce monument de prétention éditoriale. Il m’a fait jurer qu’avant de me suicider je spécifierai dans mon testament qu’en aucun cas je ne veux être publié dans la Pléïade. Comme je lui faisais remarquer que cela ne risquait pas de se produire, il m’a rétorqué : « Mais Baudelaire ou Rimbaud non plus… » Rien n’aura plus contribué à la déchéance de la littérature française, me dit-il encore, que ces monuments de prêtent ion et de mauvais goût respectueusement encensés par la presse. « Pauvre Cioran , conclut-il, tout ça… pour finir là. »

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