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MON DÉFI LITTÉRAIRE

par Roland Jaccard

La forme aphoristique constitue l’essence de la littérature, le noyau dur, la boîte noire de toute création pour qui veut se mesurer au temps. Par exemple : « Te souviens-tu de ces serpents qui, quand nous arrivâmes en Épire, effaçaient derrière nous la trace de nos pas ? D’autres serpents viendront et tout sera effacé. » Qui peut rivaliser avec Scipion l’Africain ?

J’ai trop goûté aux épices de La Rochefoucauld, Chamfort, Nietzsche ou Cioran pour n’avoir pas été tenter de dire en un paragraphe ce que d’autres peinent à exprimer en un livre. Dans « Un Climatiseur en enfer », j’ai picoré dans mes carnets de quoi me donner l’illusion que je n’avais pas démérité par rapport à mes maîtres en dérision et en désillusion.

L’impertinence, la provocation, le mauvais esprit m’ont souvent incité, parfois malgré moi, à tenir des propos inconvenants. La psychanalyse y a contribué également. Être un esprit libre commande de balayer tout préjugé et d’exprimer tout ce que l’on ressent, y compris le pire. Encore faut-il que la forme soit au rendez-vous. D’où l’impérieuse nécessité de ne jamais s’appesantir et d’accepter la défaite de la pensée avec désinvolture. À défaut d’y être parvenu, j’aurai au moins accepté de relever le défi de la forme brève.

 

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