Monthly Archives: octobre 2015

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L’ARSENIC DANS LE CAFÉ

par Winston Churchill

Ce parfait exemple d’humour anglais : une femme exécrant Churchill lui dit : « Si j’étais votre épouse, je mettrais de l’arsenic dans votre café. »  « Madame, répond Churchill, si j’étais votre mari, je le boirais. »

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LE RETOUR DE MONSIEUR SPLEEN

par Roland Jaccard

Ce cher Alain Bonnand qui a autant de générosité que de talent et que j’ai eu le privilège d’éditer m’envoie à intervalles réguliers des livres anciens dont il a envie de partager le plaisir qu’ils lui ont procuré. Récemment, ce fut le cas d’Henri de Régnier dont les aphorismes me mirent en joie. En voici, une dizaine que je vous livre en vrac.

  1. Si tout le mal qu’on dit des femmes était vrai, elles seraient bien près de la perfection.
  2. Ce qu’une femme appelle « travailler à notre bonheur », c’est faire ordinairement tout ce qu’il faut pour le détruire.
  3. Comment se fait-il qu’entre un travail qui vous plaît, et une femme qui vous ennuie, ce soit toujours la femme qu’on choisisse ?
  4. La fidélité en amour n’est que la paresse du désir.
  5. Il y a un grand livre que nous n’écrirons jamais et qui pourrait s’intituler : Forces perdues.
  6. Il y a chez les femmes on ne sait quoi d’intolérable qui fait que nous ne pouvons pas nous passer d’elles.
  7. Si Don Juan m’avait rencontrée, pense-t-elle, il n’y aurait peut-être qu’un nom, au lieu de mille et trois, sur sa fameuse liste !
  8. Il n’y a ni discrets, ni indiscrets. Les uns redisent tout de suite ce qu’on leur a conté. Les autres le répètent plus tard. Et tous inventent ce qu’on ne leur a pas dit.
  9. Les gens du monde se réunissent moins pour goûter le plaisir d’être ensemble que pour s’en répartir l’ennui.
  10. Vivre avilit.

Si ces quelques aphorismes d’Henri de Régnier vous ont mis en appétit, alors lisez : « Monsieur Spleen » de Bernard Quiriny. Et même si vous les jugez un peu pâles, ne vous privez pas des notes sur Henri de Régnier qu’il nous livre avec un humour déconcertant. C’est vrai, dit-il, pourquoi s’intéresser à ce vieux croûton ? Littérairement, Gide et Breton ont tranché : lecture inutile, écrivain mineur qui n’a rien d’actuel, à part les thèmes généraux et éternels qu’on ressasse partout ? Tout simplement pour trouver ce que Régnier a cherché toute sa vie dans l’écriture, « le plaisir délicieux et toujours nouveau d’une occupation inutile. »
Bernard Quiriny pose même un question à laquelle on se gardera bien de répondre : et si, anachronique au vingtième siècle, Henri de Régnier redevenait actuel aujourd’hui ? Anachronique, donc actuel. Pouquoi pas ? Mais si Quiriny en parle si bien, c’est pour le plaisir qu’il lui a donné, parce qu’il était triste et flegmatique, parce qu’il avait des principes où il se retrouvait, parce qu’il portait très bien le monocle, parce qu’il avait l’obsession du passé, parce qu’il était sédentaire avec acharnement… parce qu’il était « Monsieur Spleen » . Monsieur Spleen, jeune encore aspirait à la vieillesse. « Je voudrais, écrivait-il, épuiser hâtivement le charme de tout et arriver à une vieillesse d’âme qui rendrait la mort facile à la jeunesse de mon corps. » Il s’est toujours voulu hors du monde. Une ambition qui n’est pas à la portée du premier venu et que l’essai de Bernard Quiriny réduit à néant : Mister Spleen is back.

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LA VIE DES JEUNES FILLES

par Roland Jaccard

« Où sont les femmes ? » chantait Patrick Juvet avec une ardeur suspecte, mais entraînante. Olivier Bardolle, qui n’est pas un crooner, mais un écrivain désabusé, a pris le parti de les disséquer à la fleur de l’âge. À la suite de Tiqquun qui, en 2001, avait livré les « Premiers Matériaux pour une théorie de la jeune fille », il part de l’idée que le concept de jeune fille est aujourd’hui la meilleure grille de déchiffrement du monde occidental. Un monde qui court à sa perte, rien de notre intimité n’échappant à ce qu’il nomme après bien d’autres, mais fort inélégamment « la plus grande marchandisation » de tous les domaines de l’existence.
Si son essai se limitait à un exercice théorique un peu convenu sur l’extension du domaine de l’aliénation, je me serais contenté d’admirer la couverture racoleuse en diable qui m’a d’ailleurs incité à l’acheter encore un des effets pervers de la marchandisation ! Par bonheur, il n’en est rien.
Olivier Bardolle se livre, plus humblement, à des exercices de misogynie d’autant plus jouissifs qu’ils sont aisément réversibles, rendant ainsi et presque malgré lui un hommage à la jeune fille dont Baudelaire disait qu’il y a en elle toute l’abjection du voyou et du collégien, cependant que Céline la considérait comme « l’honneur de l’espèce »  et prétendait même qu’il aurait donné tout Baudelaire pour une jeune danseuse.
Si j’en crois Olivier Barolle, la jeune fille, « honte de l’espèce », disposerait d’un cerveau de moins en moins développé encore un des effets de la marchandisation ! -, ce qui permettrait à n’importe quel manipulateur un peu doué d’en prendre le contrôle.
Il reconnaît certes que dans chaque cerveau masculin sommeille également une midinette et que même un maître en lucidité comme Cioran après avoir dégueulé sur l’amour, s’était entiché d’une jeune Allemande à laquelle il envoyait des déclarations  qui n’auraient pas déparé les paroles des chansons de Patrick Juvet.
Tout apprenti manipulateur aura donc intérêt à lire l’essai d’Olivier Bardolle et tant qu’à faire à relire « Les Jeunes Filles » de Montherlant. Mais c’est surtout à ces petits monstres d’égoïsme décervelés qu’il faut le recommander : elles comprendront mieux les émois qu’elles suscitent instinctivement et manipuleront avec plus de perversité ingénue encore les pauvres mecs qui beuglent : « Où sont les femmes ? »

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LIBRES PROPOS D’UN JEUNE MEXICAIN À PARIS

par Roland Jaccard

Ce jeune et séduisant écrivain mexicain,  Guillermo De La Mora Irigoyen, me demande pourquoi moi qui ai (selon lui) tant d’humour, je suis attiré par des Asiatiques, des Japonaises surtout, qui en sont totalement dépourvues. Je n’y avais pas songé : les Japonais et l’humour… un sujet à creuser. Et avec les Chinois, me dit-il, on ne peut même pas rire de la mort : ils sont tellement conventionnels. Il est vrai, aurais-je pu lui répondre, que les Suisses ne sont pas mieux lotis à cet égard.
À peine arrivé à Paris, il s’est fait poignarder par des jeunes de banlieue, métro Glacière, qui voulaient le détrousser. Même à Mexico, ça ne lui était pas arrivé. Il voit dans ces agressions un signe de bonne santé mentale. Il n’est pas à un paradoxe près. Sur les femmes sont opinion est faite – en dépit de ses vingt-quatre ans : elles demeurent éternellement des enfants. « Des enfants méchants » , ajoute-t-il. Je ne peux qu’approuver sa précoce lucidité. Il collabore à une revue  » Avispero  » d’une qualité exceptionnelle : les articles sur Jünger, Sebald, Cioran, Goethe, Sloterdijk, illustrés par Jonathan Barbieri me laissent songeur : ainsi donc, au Mexique, de jeunes écrivains font ce qu’en France nous sommes incapables de concevoir. La France ne serait-elle plus qu’un cadavre dont on se demande par quel miracle il marche encore ?
Guillermo m’a appris qu’ « Avispero » traduit en français signifie le guépier. Un beau titre pour une revue que je regrette de ne pas pouvoir lire, mais qui aurait plu à Caraco ou à Cioran. Tiens ! Je vais l’envoyer à Schiffter. D’autant que Guillermo De La Mora Irigoyen ne supporte que les philosophes balnéaires, comme Rosset et Schiffter, et que rien ne lui semble plus grotesque pour un écrivain que d’entrer dans La Pléïade, ce monument de prétention éditoriale. Il m’a fait jurer qu’avant de me suicider je spécifierai dans mon testament qu’en aucun cas je ne veux être publié dans la Pléïade. Comme je lui faisais remarquer que cela ne risquait pas de se produire, il m’a rétorqué : « Mais Baudelaire ou Rimbaud non plus… » Rien n’aura plus contribué à la déchéance de la littérature française, me dit-il encore, que ces monuments de prêtent ion et de mauvais goût respectueusement encensés par la presse. « Pauvre Cioran , conclut-il, tout ça… pour finir là. »

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1RJ-AD

ET SI ON FAISAIT APPEL À UN EXORCISTE ?

par Roland Jaccard

J’ai été saisi d’hallucinations en regardant, comme d’habitude le samedi soir, « On n’est pas couché ». Laurent Ruquier sautillait de plus en plus en plus, Léa Salamé semblait possédée par Aymeric Caron, son ancien partenaire. Elle soutenait avec une ferveur hystérique le bilan de François Hollande face à Virginie Calmels, adjointe d’Alain Juppé, qui, elle aussi, portait une voix qui n’était pas la sienne : celle d’une France en souffrance qu’elle veut sauver par une gestion efficace, comme elle l’a fait (ou pas, je n’en sais rien) à Endemol, à Canal et à Eurodisney. Je ne me permettrai évidemment pas de mettre en doute ses capacités de femme d’affaires, mais quand elle juge Juppé si moderne, si efficace, si chaleureux un doute me vient : et si, elle aussi, souffrait d’une identification hystérique à son boss. Vivement un exorciste ou un psychanalyste, me suis-je dit. Au moins, nous aurions droit avec l’exorciste à des scènes moins convenues et avec le psychanalyste à un silence plus reposant que les invectives de ces deux dames. Je précise que l’une d’elles, Virginie Calmels, a retrouvé ses racines mot-clé à Bordeaux et qu’elle aspire à diriger la région Aquitaine tout en conservant ses émoluments d’Eurodisney, ce qui a occupé une large part du débat. Entre possession et mesquinerie, c’est toujours la mesquinerie qui finit par l’emporter.
On avait sans doute prié Yann Moix de donner dans la sobriété, ce qu’il a fait. Il a trouvé « bouleversant » le témoignage d’une animatrice de télévision  dont l’enfant est polyhandicapé et dont le père, bien sûr, comme quatre vingt pour cent des pères dans cette situation, a pris la fuite. Églantinen Éméyé dont le livre s’intitule « Le Voleur de brosse à dents » est restée très digne, confirmant ce que j’ai cru comprendre quand j’étais enfant : les grandes douleurs sont muettes et donnent à celui qui les affronte une force intérieure qui impose le respect.
En revanche, celui qui n’impose ni respect, ni empathie, c’est Laurent Baffie possédé lui, par une forme d’autosatisfaction qui l’a conduit à traiter Yann Moix de « merde » et, surtout, par un logiciel d’anagrammes – un anagrammeur – qui lui a permis de concocter un « Dictionnaire des noms propres » que je ne conseillerai à personne et surtout pas à ceux, linguistes, psychanalystes, poètes, qui ont pour la langue un véritable amour.
Heureusement, Arielle Dombasle était présente pour sauver ce qui pouvait l’être de cette lugubre soirée. Délicieuse comme toujours, elle est possédée par le rockabilly qu’elle renouvelle avec le groupe suisse : The Hillbilly Moon Explosion. Du Superoldie, oui. Mais avec Tarantino en plus et des clips à tomber en extase. Tout le monde pour une fois était sincèrement d’accord sur le plaisir que provoque ce nouvel album d’Arielle Dombasle, à l’exception de Léa Salamé, qui, se prenant pour la jeune de service, le trouve daté et ringard. Pour la ringardise, elle repassera après s’être faite exorcisée. Arielle, elle, n’en a nul besoin. Elle plane et nous avec elle.

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AmericanAppa

MADAME MÉRE EST MORTE (II)

par Roland Jaccard

3.  Liste des raisons de disparaître.

Richard  Brautigan s’est suicidé avec son fusil de chasse… il y a un art de disparaître dont il a dressé la  liste. La plus détestable, selon lui, est la peur de vieillir. Elle consiste, en général, à partir avec une femme beaucoup plus jeune, qui vous fait sentir de plus en plus vieux. Ce n’est pas la pire… je parle d’expérience. Mais je me sens proche de Sei Shônagon (elle aussi aimait dresser des listes) qui avait écrit dans ses « Notes de chevet » : « choses qui font honte : ce qu’il y a dans le cœur des hommes. »

4.  Ceux qu’on oublie (à tort).

Parmi bien d’autres, Jack Thieuloy  et Ernest de Gegenbach. Jack Thieuloy  qui avait plastiqué les « tontons bâfreurs » (les jurés du Prix Goncourt) et qui  confiait à son journal : « J’écris parce que je souffre. Dans mille ans, ça ira mieux. » Il volait des livres. À propos de Cioran, il écrivait : « On n’a pas tous les jours l’occasion de voler et, aussitôt, de lire pendant trente-six heures un livre comme le « Précis de décomposition ». Si rares sont les livres dont l’action sur moi est celle d’une électrolyse… »
Quand Ernest de Gegenbach (1903 – 1979) passa une visite médicale, il s’entendit dire par le Colonel Topet, chef du service de neuro-psychiatrie de l’hôpital : « Une poète surréaliste ? Il ne manquait plus que ça à ma collection de loufoques ! » Ernest de Gegenbach avait donné le 3 avril 1927 une conférence restée dans les annales du surréalisme : « Satan à Paris ». Elle commence ainsi : « Il y a des hommes qui se sont aventurés au milieu des icebergs pour voir des aurores boréales. Moi, j’ai vu Satan et je le vois encore et je raconte ce que j’ai vu à une race de crevés, de myopes et de larves. Il s’agit de tout autre chose que de littérature : c’est de l’ultra-violet en poésie, ce sont de nouvelles notes aiguës, de nouvelles touche d’ivoire à ajouter au clavier… »
Ernest de Gegenbach était un libertin en soutane et Jack Thieuloy  un dynamiteur des lettres. Le couvent, l’hôpital psychiatrique, la prison… ce sont sans doute les lieux les plus propices à l’éclosion d’une œuvre vraiment originale. Je n’ai connu que les cafés littéraires, les piscines et quelques nymphettes. Avec un bagage aussi léger, on ne va pas loin. Mais ce n’était pas non plus mon but.

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1RJ.Caraco

MADAME MÉRE EST MORTE (I)

par Roland Jaccard

1.  Caraco m’a désappris à dire « maman ».

J’avais demandé à mon ami Pierre-Emmanuel Dauzat, admirable traducteur et auteur d’un essai sur « Le Suicide du Christ » entre autres, s’il avait lu Caraco et quelles réflexions il lui inspirait. Il m’avait répondu : « Bien sûr que oui, Cher Roland, c’est même à toi que je le dois, une fois de plus.  » Madame Mère est morte » a  été un des grands livres de ma vie : je le reprends périodiquement. Du vivant de ma mère, il m’arrivait de me sentir coupable de lire ce livre, alors même que ma mère n’avait rien d’une mère abusive. Caraco m’aura désappris â dire « maman » pour dire « ma mère ». Ce n’est pas rien ? » . Je confirme : ce n’est pas rien. D’autant plus que je n’y suis jamais parvenu. Ma mère me faisait pitié. Ma mère m’angoissait. Ma mère me faisait peur. L’eussé-je appelée « mère » que je l’aurais brisée. Elle conseillait à mes petites amoureuses de se méfier de moi. Elle n’avait pas tort. Mais elle aussi se méfiait de moi. Elle sentait que j’étais sur mes gardes. Pour rien au monde, je n’aurais  voulu tomber dans les filets de l’amour maternel. Nous avons joué à ce jeu jusqu’à sa mort : c’était sans doute le seul dont nous connaissions les règles.
Un autre lecteur de Caraco, Benoît d’Houtaud, me fait part de sa perplexité : « Comment expliquer qu’un type raciste, misanthrope, sans aucun espoir personnel d’aucune sorte, provoque cette jubilation de lecture, d’identification psychologique ? Et son sens de l’humour serait à analyser, car c’est encore un paradoxe : j’éclate de rire quand je le lis, et surtout quand je le lis à haute voix, car il écrit, je crois, pour être lu à haute voix. » C’est également ce que je pense moi  qui le compare volontiers à Thomas Bernhard.

2.  Le semainier de l’agonie.

Une phrase suffit parfois pour me redonner l’envie d’écrire – et même de vivre. Celle-ci, par exemple, que je lis dans « Le Semainier de l’Agonie » de Caraco : « Madame Mère n’est plus qu’un squelette et m’inspire un éloignement invincible et j’aime mieux l’euthanasie que l’agonie, nos mœurs sont vraiment ridicules, l’on devrait supprimer les fous et les malades incurables, l’on ne devrait plus enterrer les morts, mais les brûler et l’on ferait bien d’empêcher les vivants de naître. » Voilà qui est dit et bien dit.
J’y songeais ce matin en lisant un manuscrit reçu récemment qui débute par cette phrase : « Si quelqu’un l’ayant lu allait se pendre, le but de ce livre serait atteint. » Pourquoi, me suis-je aussitôt demandé, inciter autrui à faire ce que notre lâcheté nous dispense d’entreprendre ? L’auteur en est sans doute conscient puisqu’au terme de son essai, il note : « Ce qui manque à l’homme d’aujourd’hui, c’est le courage d’aller à sa perte. » Un peu de Caraco le lui donnerait, ce courage.

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QUAND L’AMOUR FOUT LE CAMP…

par Roland Jaccard

Être aimé quand on n’aime plus… quelle galère ! J’oscille alors entre sadisme (qu’elle crève !) et douceur factice. Elle accepte tout pourvu qu’elle soit avec moi. Il n’y a qu’une solution : la fuite. Mais il me faudrait renoncer à tant d’habitudes auxquelles je tiens. Ces petits animaux analphabètes et chronophages peuvent devenir féroces ou se laisser mourir. La jouissance qu’elles éprouvent à imposer leur présence, non sans malice, l’emporte sur leur orgueil. Elles sont manipulatrices par essence et, simultanément, capables d’un dévouement  infini. Quand on les aime, on redoute de les perdre. Quand on n’éprouve plus rien pour elles, elles deviennent un objet de répulsion. Elles s’en accommodent à peu près, tant qu’on ne leur retire pas leur pitance. Elles sont certes capables de se suicider pour laisser une trace indélébile dans ce qu’elles imaginent être notre cœur. J’ai déjà connu cela. J’étais jeune alors. Je ne suis plus certain de pouvoir le supporter aujourd’hui.

Fragment de journal. 16. 7. 2013

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EN QUATRIÈME VITESSE (III)

par Roland Jaccard

Tout écrivain un peu futé le sait : rien n’est plus irrésistible que le récit d’un échec, la description d’un processus de décomposition, le flirt avec le suicide. L’autofiction n’est le plus souvent qu’une autofliction, une tentative de sabotage personnel… mettre de gros moyens au service d’une petite cause. Chacun est prêt à admettre que le jeu n’en vaut pas la chandelle, mais se laisse tenter quand même : ce n’est pas la pire manière de perdre. Ni la meilleure de gagner. Mais c’était la seule dont je disposais : elle m’a permis de traverser le temps sans l’immobiliser. Être un rescapé du Temps, ce n’est quand même pas rien.

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EN QUATRIÈME VITESSE (II)

par Roland Jaccard

Après ma mort, j’espère qu’on dira de moi : « C’était un vrai salopard, mais ses livres valaient le détour. » Mais j’ai bien peur que l’inverse se produise : « C’était un chic type, mais on peut se passer de ses sermons nihilistes ».

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