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INSTANTANÉS DE SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS :

ALBERT CARACO ET ARNAUD LE GUERN
par Roland Jaccard

 

À la terrasse du Flore, j’aperçois un habitué de Yushi , Nicolas Féau, lisant : « Transfiguration de la Roumanie » de l’ami Cioran. Un garçon de café s’approche de lui et l’apostrophe en clamant bien fort que Caraco, mais oui Albert Caraco vous avez entendu, vaut bien et même plus que Cioran. Et puis, dit-il, lui au moins il s’est suicidé quelques heures après la mort de son père. « Lisez son Bréviaire du Chaos, vous verrez alors que Cioran n’est que son pâle disciple. » Nicolas Féau, avec son imperturbable sérénité, le remercie et clôt le débat par ces mots : « Je n’y manquerai pas. Quant au suicide, j’ai déjà été vacciné par Jaccard et Cioran. »

Ce genre de scène ne peut se produire qu’en France – et peut-être même qu’au Flore – et laisse penser que le génie français ne s’est pas totalement éteint. Quelques minutes plus tard, j’aperçois Arnaud Le Guern  dont je viens de déguster le joli roman : « Adieu les espadrilles ». Encore sous le choc de nos propos sur Caraco et Cioran, je le félicite pour son livre : « Adieu les sandales ». La gaffe. Deux hypothèses : soit je me paie sa tête, soit je suis sénile. Mais non, j’ai vraiment pris un plaisir extrême à vagabonder avec Arnaud à Lausanne et Évian entouré des ombres du passé comme Pamela Moore ou Paul Gégauff et de filles en short si frémissantes de sensualité qu’on leur pardonne même d’oser dire que le suicide est l’acte le plus lâche qui soit, un acte dégueulasse. « Un acte dégueulasse, c’est quoi ? », demande Arnaud. La fille s’est mise en rogne. Il faudra qu’elle revoie les films de Godard…d’ailleurs, il y a du Godard, celui du début, celui que j’aime – « Pierrot le fou » en premier – chez Arnaud…

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