Monthly Archives: mai 2015

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Mister Jaccard & Miss Lolita

Article paru dans L’Hebdo le 26.02.2015

L’écrivain Roland Jaccard, 73 ans, et Marie Céhère, 23 ans, publient avec « Une liaison dangereuse» le récit de leurs amours au parfum de scandale. Marie a 20 ans, une frange brune, des envies de mourir. Littérature, lolitas asiatiques et obsessions suicidaires constituent depuis quelques décennies l’essentiel de la vie de Roland Jaccard, délicieux Lausannois exilé à Paris, d’où il a œuvré comme éditeur aux Presses universitaires de France tout en publiant des récits idolâtrant Louise Brooks, Sigmund Freud ou Emil Cioran.

Pour le meilleur et pour le pire, ils se sont rencontrés, se sont plu, et ne se quittent plus. Babydoll lyonnaise solitaire, cinéphile et suicidaire, Marie passe une soirée à rire aux larmes en regardant les vidéos décalées que Roland Jaccard poste quasi chaque jour sur YouTube et Facebook (et sur le site de L’Hebdo).

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LE COUP DU BUS 39

Les Carnets de Roland Jaccard
Article paru dans Causeur le 30.12.2014

Nous avions dîné à la rue Sainte-Anne. Pris le bus 39 pour rentrer chez nous. C’était un rite. Un rite qui, depuis quelques mois, n’avait plus aucun sens pour moi. Elle avait perdu tout attrait à mes yeux. Elle n’en avait pas conscience. Soudain, à Sèvres-Babylone, je me suis entendu lui dire : «  Descends ! Je ne t’aime plus ! » Elle m’a regardé, pétrifiée. À ma grande surprise, elle a appuyé sur le bouton. Elle était livide. Elle ne s’est pas retournée, rue de Sèvres. Dix années de vie commune prenaient fin. La scène avait été d’une brutalité inouïe. Je ne me reconnaissais pas, pas plus que je n’avais imaginé qu’elle obéirait. J’étais soulagé. Un peu inquiet. J’avais lu Proust et je savais qu’« on ne se quitte jamais bien, car si on était bien, on ne se quitterait pas. » Mais, avant de m’endormir – enfin seul ! – c’est une autre citation qui me revenait à l’esprit, sans doute fausse : « La charité du bourreau consiste à frapper d’un coup sûr. » Avais-je été charitable ? Une jeune fille qui a quelque inclination pour moi m’écrit : « Tu es un adorable mufle, un cow-boy au cœur tendre, un vieux filou. Je t’adore. » Je me demande ce qu’elle m’adresserait comme texto si elle avait subi le coup du bus 39.